Rencontres Poétiques

Kader Rabia

     Héritier poétique d’Omar Khayyām (poète-philosophe-mathématicien perse) et de Si Mohand (poète et philosophe errant berbère), Kader Rabia fut tour à tour enseignant, journaliste et même ouvrier du bâtiment. 

     Il est aujourd’hui poète et traducteur, mais essuie toujours les verres derrière le bar d’un bistrot parisien. De sa Kabylie natale à l’Université d’Alger où il enseigna brièvement, il est passé par le patient apprentissage de la littérature (license es lettres, DEA de littérature comparée) et l’amour constant de la poésie dans son essence la plus enivrante. Certains pourraient le considérer aujourd’hui comme le cousin d’exil du génial et douloureux Malek Haddad tout en étant le plus fervent compagnon de bamboche et d’ivresse sensuelle du mythique Djamil… ils n’auraient pas tort. Mais Kader Rabia est également frère de révolte d’un Matoub Lounès ou d'un Kateb Yacine. 

     Aussi à l’aise dans les trois langues (Français, Kabyle et Arabe), Kader Rabia écrit et traduit (dans un sens ou dans l’autre) les grandes voix de la poésie comme Aragon, Hikmet, Marquez, et autres plus modernes ou contemporaines, dont le grand poète irakien Abdelkrim Kassed.

     Il co-anime également l’association et le blog éponyme Baz’Art Poétique (http://bazartpoetique.blogspot.fr) et édite depuis 2013 la revue Convergence (interrompue pour le moment).

     En 2011, Kader Rabia a publié (Éd. Baudelaire) le livre premier de « D’Amour, de vin et de mots », un recueil de septains (soubaïyyat) qui fut remarqué par la communauté littéraire. Un second tome sera bientôt prêt à sortir. Aux éditions Baz’Art Poétique, un recueil d’aphorismes (ou "perles" comme les présente leur auteur) est également disponible : « Les religieux », suivi de « Exils » et de « Les chaises ».

     Comme on pourra le constater à l’écoute de ses vers, Kader Rabia excelle à faire le lien entre la poésie ancestrale et raffinée du muwashshah (en cinq ou sept vers) et la rugosité contemporaine et souvent provocante d’un Bukowski. De la rudesse des terres rocailleuses de l'enfance à la nostalgie des caresses amoureuses, comme une petite lumière qui danse...

« De mes mains je ne sais faire que deux choses

Tenir proche mon verre et honorer tes seins »

Hélas ! À notre grand dam, nous avons égaré la carte contenant les vidéos tournées lors de cette soirée du 24 juin à Woippy. En lieu et place, nous vous proposons en exclusivité, quelques extraits du prochain recueil de Kader Rabia, le livre deuxième de ses septains "D'amour, de vin et de mots", à paraître très prochainement aux Editions Baz’Art Poétique. http://bazartpoetique.blogspot.fr

42

 

Dans mon vin, loin de toi, je lis ma solitude

Je le prolonge d’eau et de rêves hésitants

Des strophes tombent de ma certitude

De ma plume des mots et des tourments

Le verre rit et danse de mon hébétude

S’approche du tien en guise de serment

Et dessine des sourires chauds en prélude

43

 

Je suis comme le buveur d’Absinthe

Pour qui les jours ne chantent plus

A Si Mohand je lève ma plainte

Sur ses mots sages je prends appui

A Baudelaire je redis mes craintes

Je m’accroche à tous les seins nus

En leur honneur : encore deux pintes !

46

 

Vivons avec paresse et lenteur

Cet instant que dessine notre étoile lointaine

Ce moment que font danser les vins interdits

Et les flammes des baisers dérobés

Vivons avec paresse et lenteur

Cet instant habillé de nos peurs

Et protégé par les dieux de la pudeur.

51

 

De votre boiteuse sainteté je m’ennuie

Et m’en vais loin de vos versets-barrages

Qui, à chaque aube, changent d’habits

Et je ne retiens, à chacun de vos passages,

Que les gémissements de ma natale patrie

Et la parole de l’homme qui se retire et dégage

Gardez votre morale et je garde intacte ma rage.

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