Rencontres Poétiques

Portrait photographique et poétique de 

Joël Gross par Claude Billon

le Joel 

il est fait de toutes ses balades dans les rues de Metz, de ses danses prophétiques improvisées sur le parvis des Rencontres, il est fou de ruades improbables, il est de ces gens un peu libres de faire comme bon leur semble une assemblée de fêtes, de vin festif, de volonté urgente à ne pas se laisser régenter par le gnangnan ! On le dirait parfois un peu derviche-tourneur, un peu beaucoup transfusé par les clochards célestes, sans Vichy-Célestin, passionnément fakir quand il fait sa couche sur un lit d’étoiles, il mit au clou son enseignement de prof auxiliaire, flanqué de sa besace fourrée de grandes pages manuscrites pliées, Joël n’est pas à la rue, mais la rue est à lui. Il en est le piéton conquérant. Ce n’est pas lui qui a fait grimacer les gargouilles, c’est lui qui leur apprend à jongler avec les étoiles. S’il était footballeur il jouerait dans la même équipe que les braquemarts de Breughel ! Banquiers et Traders ne parlent pas la même langue que lui. Les Démunis le respectent. Les Laissés-pour-compte. Ville pour ville, si Paris vaut bien une messe, Metz vaut bien Paris : infatigable, mettez un compteur aux chevilles de Joël Gross, le chiffre avoisine celui de Rimbaud. Il fait un pas de recul face à la foule d’imbéciles. Se mélange très volontiers avec les Festifs. Toujours sur le qui-vive des fouineurs de livres pas chers. Aussitôt achetés, les offre à quelqu’un d’autre. Il utilise les mots de Derrida parfois et pour dérider le réel, et ceux de Brassens lui vont comme un grand.

ll est l’homme de main de la réalité, rien ne lui échappe. Partout où le frémissement se fait sentir de lever le genou pour danser, il devient romanichel bohème, le tarzan de liane en lien, professeur sans école enseignant la langue des torches vives. Jamais fuyard devant un verre. Toujours proscrit aux yeux des nantis. Les radionucléides n’ont pas besoin de pointer leur nez, sont déjà dans les narines de tous les respirants, à la pointe du Raz, à la pointe de l’épée Damoclès, aux sommets vosgiens, au sommet de Rio, à la pointe d’une technologie avancée dans la décomposition.

Quand les becquerels pointeront enfin au chômage (pas demain la veille), l’énergie des orphelins de la clarté dansera dans les poèmes. Elle coiffera au poteau ouaif, bon ! tous les dossiers jacteurs qui méritent pas d’être lus par coeur.

Nous ne voulons plus être la chair à canon des canons de la Bêtise que les cons se le disent bien haut, bien fort ! Parce que les foutages de gueule ne remplaceront jamais le Bordel des poètes du Dom el Corriéras ! il est, le Joël, de cette Cour des miracles non pas celle des miraculés de Lourdes, mais celle des laissés-pour-compte, des ‘’sans-dents’’, des chasseurs du bel instant dans la ronde de drôles d’oiseaux sans préau ni cour de récréation. A force de chérir l’Autre-empoigné en toute poésie, il a forci sa liberté. Aime le commerce de quelques potes choisis. Il est le pote de quelques auteurs. Ceux qui n’en restent pas au seul clin d’oeil. Pour peu qu’ils envisagent de lui offrir visage entier, visage qui danse. Aime chopiner la salive d’une belle chanson, le nectar d’un langage complice. L’homme de son cru. Ghérasim Luca. Pas seulement. Car peu donnent soûlement bien de leur prose.