Rencontres Poétiques

Joël Gross :

          Qui qu’il est, d’où qu'y vient-il et où qu’y va-t-il ? À cette fondamentale question; si l’on vous la pose; répondez sans détour : "bah, j’sais pas !" Et vous aurez sans doute raison, car nous on ne sait pas… et probablement que lui-même — Joël Gross — n’en sait foutre rien non plus. Certes c’est un peu embêtant pour faire un laïus de présentation du personnage, car personnage il y a, émergeant d’un improbable songe de Calderón ou d’une procession de Brueghel l’Ancien. Et pourtant, il est plus connu que le pape, ici à Metz et dans les plus secrets parages d’Austrasie.

          « Le Joël », comme on dit, il arrive sans crier gare partout où l’art se déploie avec sincérité et il repart, à pied, toujours, non sans avoir au préalable déclamé à l’assistance médusée quelque long fleuve de Mallarmé et chanté de sa voix d’aiguiseur de couteaux une toute petite chanson oubliée de Trénet, avec sa façon inimitable de hacher, de fouetter les mots, les sons et les syllabes sibyllines du poème, en pointant son sourire de vieil ange parcheminé aux regards des néons du plafond qui en sont tout babas… Oui, Joël Gross est l’indispensable adjuvant, le piment de Cayenne de toute soirée poétique où l’on peut tomber les bretelles sans se soucier du temps qu’il fait et du qu’en dira-t-on. 

          Mais encore… « Eruptif comme pas deux, capable d’entrer dans l’auberge-monde pour saluer le vin, le verbe Beckett, la langue-chantée de Brassens, patchwork d’inattendu, folie-poésie selon l’humeur, mécréant du convenu, connu comme le loup blanc dans la bonne Ville de Metz, créant ce langage à lui, un bal du feu de Dieu, un ob-jet verbal non identifié, à oser, à danser oui, comme à aimer ! » Ainsi le présente Claude Billon, son ami de toutes les heures qui poursuit, intarissable :

          « Dire son dire éruptif. 

Il est de cette parole qui vibre et vrille accélère jouit d’offensive, il va, vient dans le verbe sans saliver jamais sur le sexe des anges. Joël ou le luxurieux bonheur de rire comme les orages, il est à la fois douceur vivante, flamme et râle de Graoully. Flambeur au casino des cinoches, il a tout vu, tout ressenti, acteur avant tout oui, de sa propre extravagance, connu comme le loup blanc, à Metz, il a dansé sur toutes les places, sa frénésie éruptive est celle des lurons passionnés capables de bien troubler la tiédeur publique, il est poésie, point à la ligne. Grand marcheur et traceur de pas, tonitruant dans les rues comme pas deux, connu comme le houblon, un solitaire solaire qui frappe, poing à la vigne ! Barde bardé de son Délire épiphanique : un vrai Drôle d’Oiseau ce type. »

« Il y a des êtres qui ‘’font’’ une Ville.

Vodaine était de ceux-là. Erwin Trum voix de même.

Et le Joël Gross qui lui apporte son humanité impromptue. Metz est belle de son béguin pour ses êtres étranges débordant l’imprévu ! 

Joël ou l’Atelier des déflagrations, 

messin jouisseur jamais mesquin et pas gêné 

aux entournures. 

L’imbécile a la puissance de railler 

les drôles de Zèbres, 

oui de pis en pis la connerie a ce talent 

de blesser l’humanité 

la Poésie fait ce qu’elle peut avec les gens qu’elle a 

pour sauver le monde 

de sa trogne immonde ! »